Lors des violences urbaines qui ont secoué l'ensemble de la société, la fédération a réuni l'ensemble des acteurs des centres sociaux dans leurs différentes composantes.
Directeurs, animateurs et administrateurs des centres ont pu échanger, s'exprimer et se positionner. La fédération a constaté que les centres sociaux avaient été présents dans les quartiers et avaient joué leur rôle de médiateurs, de régulateurs et avaient mis en place spontanément des espaces d'expression pour les adultes et les jeunes.
La fédération a souhaité rencontrer les principaux représentants politiques du département pour exprimer le rôle et la position des acteurs de terrain que nous sommes.
Nous avons adressé le courrier ci-après à Monsieur Michel Morin, Préfet de la Loire, à Monsieur Pascal Clément, Président du Conseil Général et à Monsieur Michel Thiollière, Sénateur-Maire de St-Etienne. Monsieur le Préfet, nous a répondu et a reçu le 17 décembre une délégation composée de 17 personnes, administrateurs et directeurs du réseau. Monsieur Michel Morin avait convié à cette rencontre, M.Virard, Directeur Adjoint de la DDASS, et Monsieur Paillard, Directeur de Jeunesse et Sports, et Monsieur Petit de l'Inspection académique.
Nous avons souhaité une représentation d'administrateurs et de salariés et une représentation par territoire, ce qui a expliqué le nombre important de personnes conviées. Nous avons exprimé et expliqué auprès de Monsieur le Préfet, nos manières d'agir auprès des populations. Comment on accompagne les populations en difficultés, quels processus on essaye d'enclencher et comment les centres sociaux se sont situés lors des phénomènes de violences dans les quartiers.
Nous lui avons affirmé notre conviction d'être un facteur de cohésion sociale sur les territoires et mis en parallèle la diminution de nos moyens déjà précaires. Nous avons évoqué l'instance de partenariat « Centre Social et Territoires », qui regroupe l'ensemble des partenaires des centres sociaux qui existe depuis 6 ans et le souhait que l'Etat prenne une autre place au sein de cette instance et impulse une dynamique qui priorise réellement une approche et des moyens concertés avec les communes, les CAF, le Conseil Général pour valoriser et soutenir l'action des centres sociaux auprès de la jeunesse et des populations fragilisées. La rencontre fût réelle, et intéressante et nous avons pu pendant ces 2 heures échanger et informer les représentants de l'Etat de nos perceptions. Les conséquences de la décentralisation font qu'en terme d'action sociale, l'Etat n'a plus le même rôle et bien que soutenant et partageant certaines de nos analyses, il ne peut intervenir directement sur nos moyens.
Courrier envoyé aux représentants politiques
Monsieur …..,
En lien aux évènements et aux violences qu'ont vécu les communes et les quartiers, la Fédération a provoqué différentes rencontres avec les directeurs, les animateurs jeunes et les présidents et administrateurs des centres sociaux du réseau fédéré.
Suite à ces rencontres, le réseau des centres sociaux de la Loire fait le constat tous les jours et depuis longtemps de la violence de notre société qui discrimine, de la violence institutionnelle qu'est la mise en échec de jeunes de nos quartiers. Cela conduit certains d'entre eux à des actes intolérables que nous condamnons et qui agressent les cités et leurs habitants. Ce sont aussi des destructions suicidaires révélant une violence sociale qui empêche l'insertion et la réussite d'une partie de la jeunesse. L'automutilation des quartiers, les atteintes aux biens des personnes, et aux biens collectifs n'entament en rien injustices et privilèges et renforcent même la ghettoïsation en œuvre depuis longtemps. Il est dangereux de se contenter de dénoncer ces actes : il est temps de traiter les graves questions qu'ils traduisent.
Qu'attendre quand on a le sentiment que rien ne permet d'échapper aux injustices sociales, à la discrimination constante, à l'échec scolaire et à l'absence de perspectives, à la pénalisation de la pauvreté, à l'évolution de ces phénomènes de violence engendrés par des facteurs complexes. Qu'attendre quand la République s'éloigne de ses valeurs ?
La faiblesse des moyens et les désengagements financiers symbolisent la méconnaissance de la place des associations et des structures qui, par leur action quotidienne, développent des solidarités actives, permettent l'engagement bénévole et le travail de proximité. Il faut aussi regretter les logiques de financement par de multiples dispositifs successifs, changeants, et l'asphyxie budgétaire qui touche l'éducation populaire. Alors que la qualification des acteurs, la contractualisation et le soutien administratif auraient pu et pourraient encore faire évoluer l'intervention sociale, la prévention et l'animation nécessaires à notre cohésion sociale. Présents dans la vie des quartiers, nous sommes prêts à nous interroger nous-mêmes dans notre responsabilité sociale, à comprendre cet échec, pour nous repositionner clairement sur notre projet collectif, citoyen, éducatif pour le développement des personnes et des groupes. Au-delà de l'écoute des centres sociaux, la fédération engagera avec l'ensemble des acteurs du réseau l'élaboration de propositions à la hauteur des questions soulevées et des besoins. Le réseau des centres sociaux fédérés est prêt également à participer à un grand mouvement associatif avec une relance de l'accompagnement et de la reconnaissance des projets des personnes et des groupes - en priorité des jeunes - avec un plan de mobilisation et de formation inter réseaux des animateurs et des bénévoles engagés dans nos structures.
Notre expérience collective nous conduit également à ne pas tout attendre des solutions d'en haut par la seule rallonge de moyens (emplois aidés et autres). L'urgence est de progresser ensemble, dans un travail permanent, de redonner à tous les habitants leur plein statut d'acteurs citoyens, de relancer les projets et les équipes de développement social local, en conjuguant action locale et réflexion de fond, en partenariat avec les collectivités pour mettre enfin réellement au cœur de l'action la participation de tous les habitants. La société civile, riche de ressources dans les territoires, peut agir pour un développement social des personnes et des territoires.
Dans cette perspective, nous sollicitons une rencontre entre vous-même et notre réseau.
Nous vous prions de recevoir ………..